Adieu au verger

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Lorsque les dernières caisses eurent été chargées sur le camion, le soleil d'août descendait déjà derrière les collines qui entouraient le verger de Saint-Julien. Marie y avait travaillé chaque été depuis ses seize ans, mais ce serait son dernier jour. Elle avait obtenu une place à l'université à Lyon et savait qu'elle ne reviendrait pas l'année suivante. Le propriétaire, M. Leclerc, lui avait serré la main le matin même en lui disant qu'elle manquerait à tous ; son épouse avait même préparé un gâteau au citron pour l'occasion. Pourtant, l'atmosphère semblait étrangement feutrée, comme si chacun comprenait que les séparations sont plus faciles quand on n'en parle pas.

Marie avait passé l'après-midi à cueillir les dernières pommes de fin de saison, les bras endoloris par le geste répétitif auquel elle s'était habituée au cours des huit semaines précédentes. À seize heures trente, elle s'était arrêtée pour observer une paire d'hirondelles qui volaient bas au-dessus des rangées, un spectacle qui lui rappelait son premier jour, quand elle était arrivée nerveuse et maladroite. À l'époque, elle avait renversé deux paniers entiers, abîmant les fruits et recevant une légère réprimande du contremaître. Désormais, elle remplissait une caisse en moins de dix minutes sans la moindre erreur.

Peu avant dix-sept heures, les autres saisonniers se rassemblèrent près de la vieille grange en pierre. Thomas, qui avait conduit le tracteur tout l'été, sortit une bouteille de cidre maison qu'il gardait pour l'occasion. Ils firent circuler des gobelets en plastique tandis que la lumière devenait dorée. Marie écouta ses collègues échanger des souvenirs de l'été : le jour où le tuyau d'irrigation avait éclaté, l'après-midi où un touriste avait tenté d'escalader l'arbre le plus haut, et le matin où la grêle avait menacé toute la récolte. Elle se rendit compte qu'elle ne reverrait probablement jamais la plupart d'entre eux.

Quand les gobelets furent vides, M. Leclerc apparut avec le gâteau au citron. Il les remercia tous pour leur travail acharné et déclara que le verger avait eu de la chance d'avoir une équipe aussi motivée. Marie sentit soudain sa gorge se serrer ; elle ne s'était pas attendue à s'attacher autant à un emploi temporaire. Alors qu'elle aidait à charger les dernières caisses sur le camion à dix-huit heures quinze, elle se demanda si les nouveaux étudiants à Lyon comprendraient un jour ce que signifiait se tenir parmi les arbres au crépuscule, avec l'odeur des fruits mûrs dans l'air.

Plus tard, tandis qu'elle rentrait à vélo par le chemin habituel, Marie jeta un dernier regard en arrière. Les lumières du verger s'étaient allumées, brillant doucement dans le soir qui s'assombrissait. Elle y avait appris plus qu'elle ne l'imaginait : la patience, la satisfaction du travail physique et la tristesse discrète qui accompagne la fin naturelle d'une belle période. Le lendemain, elle commencerait à préparer ses affaires pour la rentrée, mais ce soir-là, le goût du gâteau au citron et le souvenir du cidre partagé l'accompagnèrent tout au long du trajet jusqu'à la maison.

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1Depuis combien de temps Marie travaillait-elle au verger avant son dernier jour ?
2À quelle heure Marie s'est-elle arrêtée pour observer les hirondelles ?
3Qui a sorti la bouteille de cidre maison ?
4À quelle heure les travailleurs ont-ils fini de charger les dernières caisses ?
5Qu'est-ce que l'épouse de M. Leclerc avait préparé pour le dernier jour de Marie ?

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